bandeau

Edito


Prévention, soutien à la parentalité : vers une finalité confuse.


Il est également question pour ces états généraux « d'accroître la prévention de la maltraitance par un soutien plus actif à la parentalité dans les premiers mois de l'enfant ». Il est vrai qu’une attention particulière doit être portée lors de la grossesse et autour de la naissance de l’enfant, ce que la loi de 2007 souligne d’ailleurs. Par exemple, l’entretien du quatrième mois de grossesse, rendu systématique par cette loi, a pour but d’identifier des difficultés de tous ordres qui peuvent compliquer l’accueil du nourrisson et de proposer une aide en conséquence aux futurs parents. Sa mise en œuvre peine, sans doute faute de moyens et de formation des professionnels à cet entretien. La loi mise également sur la mobilisation des services de la protection maternelle et infantile pour assurer une prévention la plus précoce possible dans l’intérêt du nourrisson et du jeune enfant. Les état généraux seraient bien inspirés s’ils apportaient des réponses concrètes à ces actions de prévention, en les soutenant, notamment en termes de moyens.

Se limiter à la prévention de la maltraitance réduit la portée de la loi de 2007 qui fait de la prévention, un des piliers de la protection de l’enfance. Protéger l’enfant ce n’est pas seulement le protéger de la maltraitance. Il s’agit aussi de prévenir la dégradation de la situation familiale susceptible d’entamer les besoins fondamentaux de l’enfant. C’est pourquoi, la prévention doit se faire le plus en amont possible, quel que soit le niveau de difficulté ou le questionnement des parents pour leur proposer toute l’aide nécessaire et un accompagnement adapté quand ils en ont besoin, plutôt que d’attendre et de les sanctionner par la suite.

Il s’agit également de prendre soin de l’enfant. Cette loi invite à porter sur l’enfant, quel que soit son âge, l’attention de tous les professionnels concernés, en associant les parents, à être attentif à son développement et à son bien être. La prévention doit donc être intégrée à tous les moments de la vie de l’enfant, quels que soient son contexte de vie et son environnement familial. Il y a des moments-clés pour faire de la prévention, mais pas seulement. La prévention doit imprégner les pratiques professionnelles.

Concernant le soutien à la parentalité, la secrétaire d'État chargée de la Famille affirme, à propos des conseils des droits et devoirs des familles introduits par la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance, qu’ils sont « un des piliers essentiels de l'aide à la parentalité au niveau des mairies ». A propos de cette loi, Nadine MORANO souligne que « c’est une loi jeune, qui témoigne de notre volonté d’apporter une autre façon de travailler ». Il aurait été appréciable que la ministre en charge de la famille reconnaisse les mêmes vertus à la loi réformant la protection de l’enfance.

La ministre rappelle les « efforts financiers » réalisés par son ministère. Les aides attribuées aux Réseaux d’Ecoute d’Aide et d’Accompagnement à la Parentalité (REAAP), aux centres de médiation familiale ou encore aux contrats locaux d’accompagnements à la scolarité (CLAS) qui vont connaître une forte hausse. En effet, « les aides à la parentalité augmenteront de 15,5 % par an, pour porter ce montant en 2012 à 53 millions d’euros », indique-t-elle.

Il importe de relever que le soutien à la parentalité ne se résume pas aux REAAP. De nombreuses actions collectives et individuelles peuvent être proposées aux parents. Il est regrettable qu’elles ne soient pas davantage soutenues. Tel est le cas de l’aide que peuvent apporter les professionnels de la protection maternelle et infantile à des moments cruciaux, dès le retour de la maternité et dans les premiers jours qui suivent, et durant toute la petite enfance. Tel est également le cas des actions de soutien à la parentalité qu’assurent les techniciennes d’intervention sociale et familiale (TISF), actions de plus en plus sacrifiées pour des raisons budgétaires, alors que leur rôle est essentiel pour prévenir la dégradation des situations et épauler les parents en difficulté. Tel est enfin le cas de l’accompagnement en économie sociale et familiale qui ne peut se développer faute de moyens financiers. S’il faut accroître assurément les moyens des REEAP, il faut aussi encourager l’essor des autres formes de soutien à la parentalité. Plus les réponses seront diverses, et plus elles pourront être adaptées aux problématiques familiales.

Par ailleurs, s’il y a lieu de partager l’idée que la prévention de la délinquance juvénile est un défi majeur, en revanche, les réponses proposées suscitent des interrogations. Car il y a une exigence de clarté dans les objectifs que poursuivent les dispositifs. A l’évidence, il importe de mener un débat de fond en matière de prévention de la délinquance pour que des réponses adaptées, cohérentes, articulées et lisibles soient apportées à cette question. La confusion générée par l’adoption des deux lois le même jour, celle réformant la protection de l’enfance et celle relative à la prévention de la délinquance, conduit à en tirer les conséquences. Chacune poursuit sa propre finalité en matière de prévention, elles se neutralisent mutuellement et mettent en difficulté les professionnels pour l’application de certaines dispositions. Cet enseignement doit amener les pouvoirs publics à s’interroger sur l’opportunité de confondre les dispositifs. Quel avenir pour les REAAP si l’objectif est à la fois de proposer des actions de soutien à la parentalité dans un but de protection de l’enfance et, en même temps, de proposer des actions en guise de réaction envers les parents dont les enfants basculent dans la délinquance ? Cela ne peut qu’entretenir une regrettable confusion pour les professionnels et pour les familles, bien que s’y retrouvent parfois les mêmes publics. Miser sur les REAAP à grand renfort financier pour prévenir la délinquance selon l’esprit de la loi de 2007, revient à en détourner l’objet initial, et risque même de détourner les parents de jeunes enfants ou d’adolescents, en recherche d’une aide formelle ou informelle à leurs réflexions, à leurs interrogations, à leurs doutes à propos de leur mission éducative.

Copyright UNASEA 2008
tous droits réservés